En 2023 j’ai pu acheter une grange à Echourgnac, un vieux rêve pour pouvoir regrouper toutes nos machines en un endroit.

C’est la première fois de ma vie que j’ai la charge d’un bien. Je ne suis qu’une bergère et le monde de la rénovation, des travaux, des démarches m’est quelque peu étranger. Les débuts étaient laborieux. C’est tellement facile d’imaginer des transformations, mais de les réaliser est une autre paire de manches.

On ne fait pas grand-chose tout seul. ça c’est les brebis qui me l’ont appris. Il est essentiel d’être entouré et je le suis.

C’est donc tout logiquement un projet de filature collective, qui va nous mener là ou nos forces le pousseront. Il y a toutefois quelques principes qui sont déjà très clair dans la tête de chacun d’entre nous.

A la base le lieu sert à transformer la laine que produisent mes brebis. Le monde agricole considère la laine comme un déchet à l’heure actuelle. Moins de 10% de la production de laine française est transformé dans le pays. On tond majoritairement pour le bien-être des bêtes sans se soucier de  la laine. Pourtant c’est un produit issu de l’élevage. Certes, il y a un enjeu financier. La laine, même transformé et vendu en produit fini ne peut rivaliser avec le revenu que peut procurer la vente d’agneaux.

Pour arriver à un produit fini, il y une multitude d’étapes :

On commence avec le troupeau qui pâture toute l’année dehors dans un rayon de 15km autour de la filature sur des terrains pretés par des particuliers le temps d’un passage. C’est moi qui m’en occupe principalement aidée par amis et stagiaires. Le système d’elevage choisi est le pastoralisme. Il est peu gourmand en investissements mais demande beaucoup de présence.

La tonte et le tri se fait sur place, nous installons un chantier sur un terrain plat et nous faisons appel à une équipe de tondeur-e-s professionnels. Des bénévoles s’occupent du tri de laine et du brassage des brebis, A la fin de la journée seul le terrain piétiné témoigne du passage du troupeau au coiffeur.

Ensuite nous transportons la laine à la Filature de Niaux pour le lavage, seul étape que nous ne maîtrisons pas.

La suite se passe chez nous: D’abord le cardage: Jean Michel s’occupe de carder et du bien-être des machines.

Et ensuite la laine peut être filée, tissée, feutrée, crochetée, tricotée……. Nous sommes en pleine recherche et ouvertes à toutes les propositions et idées. Le mardi, lors de l’ouverture hebdomadaire nous nous retrouvons pour admirere, critiquer, encourager…… et surtout pour nous retrouver!!

Les machines que nous avons pu trouver et acquérir au fil du temps peuvent servir à d’autres éleveurs pour transformer leur laine. Les lainières peuvent venir à la filature pour fabriquer leur stock. Elles le vendront sur les marchés. Nous pouvons proposer des stages et formations pour enseigner les différents savoirs faire. Le filage, le tissage ou encore le feutrage.

Notre ambition est d’être un lieu de production, pour nous, pour les autres. Mais ce que nous ne voulons pas être c’est un musée. Tant qu’il est possible de s’ancrer dans le monde moderne même avec du matériel ancien, il n’y a pas lieu de dire « c’est comme ça qu’on faisait avant ». Se servir du savoir du passé pour regarder résolument vers l’avenir tel est l’idée de cette filature.

Le monde est tel qu’il est et nous avons peu de pouvoir pour le changer. Par contre nous avons la possibilité de créer le monde autour de nous comme nous aimerions qu’il soit. Pour nous c’est un monde solidaire, de partage et de respect. Un monde ou on travaille main dans la main et un monde où le travail a de la valeur et du sens.