Les gens de la Double

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Être invitée à la Félibrée cet été me met au cœur même de ce pays et de ses coutumes. Dès mon arrivée dans cette région, j’ai aimé les gens d’ici, un peu secret et discret comme leur forêt, impitoyables aussi, quand il s’agit de défendre biens et terres, honneurs et intérêts.

La Félibrée est une fête très ancienne, qui sert à promouvoir et transmettre la culture occitane et les vieux métiers. Je me suis retrouvé à une réunion, la télé est arrivée et tout le monde s’est mis à parler patois ! C’est rare d’entendre ça de nos jours.WP_20160321_011

St. Aulaye est la petite ville qui accueillera la Félibrée cette année, mais il y a les villages alentours, dont le mien, Servanches, qui doivent, ou ont l’honneur, de participer, notamment à la fabrication de quelques 400 000 fleurs qui décoreront toutes les rues de St. Aulaye. C’est un travail fastidieux, même un peu ennuyeux, mais en même temps, nous nous retrouvons une fois par semaine à la mairie ou chez quelqu’un, on passe un moment ensemble et on essaye d’avancer.WP_20160321_010

Je me retrouve donc avec les gens du village, qui me racontent comment c’était à la dernière Félibrée, il y a vingt ans, et je me dis quel bonheur d’être là en toute simplicité. Nous sommes quelques-uns à être arrivés comme ça et à s’y plaire encore et toujours. Nous essayons de nous investir pour une cause ou pour une autre, et je pense que les autres sont comme moi : on a envie de donner quand on peut, en pensant à l’accueil chaleureux que nous avons eu. Nous voulons défendre ou aider à défendre ce pays qui nous a adoptés.WP_20160221_008

La plupart des doubleauds que je connaisse sont ou était des agriculteurs. Le travail est fait en temps et en heure, avec un calme et un savoir-faire extraordinaire. J’ai souvent observé leurs gestes lentes et précises.  Quand je garde les brebis dans la forêt je tombe des fois sur des clôtures en barbelé qui ont dû voir au moins une guerre passer dans le pays. Le genre de barbelé sur lequel on peut facilement casser une tenaille. Toujours debout, la clôture témoigne du travail soigné.WP_20160109_011

Ce sont des gens qui ont toujours travaillé, et qui tombent malades quand il faut vendre les bêtes. Il faut qu’ils ralentissent, car on approche les quatre vingt ans, et le père, lui,  a cent ans passé, et finalement il est allé à la maison de retraite. J’ai été invité comme ça, à faire pâturer des prairies pour qui aie un peu d’animation autour de la maison. On ne m’a pas offert le pâturage, on m’a demandé si s’accepterais de venir chez eux. J’en suis toujours autant honoré même si depuis le temps, du pâturage j’en ai beaucoup.

Mais pardessus tout, j’aime les entendre parler. Il y a des expressions et des points de vue qui m’enchantent. Ils ont souvent la parole juste, en trois mots tout est dit. C’est la pertinence même. On  discute comme ça, des choses de la vie, et j’explique comment je fais avec le troupeau, où je vais, les coins que je viste, le printemps plutôt là, puis ailleurs au fil des saisons. Je parle, c’est long, et puis on me dit : « Ah, vous suivez le pays ». Voilà tout est dit.WP_20160219_001

 

 

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